Comptes-rendus de la Conférence Romande sur l’Accessibilité du Web 2014

Pour faire suite à la troisième édition de la Conférence Romande sur l’Accessibilité du Web qui s’est déroulée le 17 juin 2014 à Lausanne, nous vous proposons une synthèse des différentes interventions avec le lien sur la présentation complète quand celle-ci a été rendue disponible et publique par l’auteur.

L’ordre des comptes-rendus ne reflète pas forcément l’ordre de passage des intervenants.
Accéder aux détails des intervenants et leurs sociétés

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Sommaire des comptes-rendus des interventions

L’accessibilité du web et les seniors

Ophélie Durand, AGE Platform Europe

Compte-rendu écrit par Elodie Colard.

Après avoir cadré les chiffres clés autour du vieillissement, Ophélie a fait le zoom sur l’évolution des populations et notamment sur la durée de vie qui s’allonge dans les pays européens.

Ophélie aborde le sujet de l’usage du Web par les seniors et surtout quels usages ? Force est de constater que l’usage des technologies par les seniors de 55 à plus de 75 ans ne fait qu’augmenter chaque année (64% des 55-64 ans en 2014 contre 61% en 2011 en Europe – source Eurobarometer eCommunications Household Survey). Les études menées autour des usages des nouvelles technologies montrent que les seniors d’aujourd’hui ne souhaitent pas un traitement particulier pour concevoir des machines adaptées à leurs nouveaux besoins (du à des handicaps naissants). En réalité ils souhaitent pouvoir utiliser les nouvelles technologies au même titre que leurs proches avec pour but de pouvoir communiquer avec eux facilement. Ophélie donne l’exemple d’un système de messagerie instantané conçu spécifiquement pour les personnes âgées qui a été tout simplement rejeté : « mon petit-fils utilise Skype alors si je veux communiquer avec lui, c’est avec le même système » (étude Home sweet home, février 2014).

Sécuriser l’accès à l’information, un pré-requis à toute démarche qualité web

Les critères à prendre en compte pour développer de nouveaux produits rejoignent les critères pris en compte dans une conception centrée sur les utilisateurs :

  • Facilité d’usage (apprentissage, durabilité dans le temps)
  • Attractivité
  • Sécurité
  • Accessibilité

L’important reste alors dans l’implication des utilisateurs dès le début de la conception, avec un modèle d’utilisateurs dynamique qui évolue dans le temps (les capacités liées au vieillissement ne sont pas les mêmes selon qu’on considère l’âge de 60 ans ou l’âge de 80 ans).

Ophélie finit sa présentation en abordant les évolutions récentes en matière d’accessibilité au niveau législatif : proposition de directive européenne sur l’accessibilité des sites internet publics, discussion autour d’un Acte européen sur l’accessibilité dans le secteur privé, etc.

L’accessibilité du web concerne une population beaucoup plus large que ce que le grand public pourrait penser. Nous sommes tous concernés : nous vieillissons tous et développons tous des handicaps avec l’âge qui nous forcent à adapter notre quotidien. En vieillissant les modalités d’usages évoluent mais les finalités ne changent pas, les nouvelles technologies doivent rester les-mêmes pour tous mais doivent être adaptées à tous.

La présentation complète est disponible sur slideshare : l’accessibilité du web et les seniors

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L’accessibilité des informations dans les transports publics

Werner Hofstetter du Bureau Suisse des Transports Accessibles (BSTA)

Compte-rendu écrit par Thomas Joubert.

L’accès à l’information dans les transports publics est souvent un problème pour les voyageurs et plus particulièrement pour les voyageurs en situation de handicap.

Werner a débuté son intervention en nous présentant le Bureau Suisse des Transports Accessibles. Ils ne sont que 4 personnes pour toute la Suisse. Il nous explique que leur travail est celui de consultant technique pour les transports et leurs offices, ainsi que pour les personnes concernées. Le Bureau travaille sur 3 dossiers principaux :

  • l’accessibilité aux fauteuils roulants,
  • l’accessibilité aux malentendants,
  • ainsi que l’accessibilité pour les mal et non-voyants.

Le travail du Bureau existe depuis 30 ans. En 2004 suite à la publication de la loi sur l’égalité pour les personnes handicapées (dite loi LHand), de nombreuses entreprises sont venues vers le BSTA afin de comprendre les normes. Le défi a été, en 5 ans, de définir ces normes.

Deux délais sont visés par la loi :

  • 2013 – Mise en conformité des systèmes de billetterie
  • 2023 – Mise en conformité des quais et trains et véhicules.

Les évolutions :

Il y a 25 ans, 1990, les moyens d’information pour les voyageurs préparant le voyage étaient les grands livres d’horaires (mais le livre était lourd et difficile à lire en cas de problème de vue), les guichets et le téléphone. Pour acheter un billet, à l’époque, on s’adressait personnellement au guichet, ou au chauffeur du bus, ou dans certains rares cas, il y avait des automates à billet, mais pour le reste c’était tout.

Werner soulève qu’à l’époque il y avait une absence totale d’information visuelles et auditives dans les transports et dans les gares. Il y avait (et il y a toujours) les affiches (mais celles ci sont trop hautes pour des personnes en fauteuil roulant par exemple), ainsi que les affichages à lamelles (illisibles pour les malvoyants). Il y avait quand même déjà des annonces sonores dans les grandes gares, pour annoncer les arrivées, départ, et marches hautes pour les trains.

Depuis 25 ans, une véritable révolution est en marche pour l’info voyageur. Ceci est dû au progrès technologique soutenu par la loi. Désormais, pour se renseigner, l’usager dispose de beaucoup plus de moyens.

Outre ceux du passé, (le téléphone direct a disparu) il y a désormais : Internet, le téléphone mobile, les annonces visuelles et sonores dans les véhicules, des écrans plats à cristaux liquides. On observe aussi le développement d’autres outils comme les applications mobiles ainsi qu’un numéro particulier pour les personnes malvoyantes.

Pour la billetterie : la plupart des voyageurs se servent des automates, des guichets, des SMS, des applications.

L’échéance 2013 n’a pas été tenue, et ce n’est, d’après Werner ni satisfaisant, ni réjouissant : les solutions techniques le permettent pourtant mais Werner s’interroge sur la lenteur des avancées.

Quelques raisons plausibles à la lenteur de cette évolution :

  • Le développement des nouvelles technologies a débuté avec des ordonnances d’application de la loi pour l’égalité des handicapés qui n’étaient pas claires et il a fallu attendre 2006, 2007 et 2008 pour avoir des pistes plus sérieuses,
  • Ensuite, il ne faut pas changer seulement le système d’information, mais aussi le système d’exploitation ce qui engendre des coûts,
  • Depuis 15 ans, il y a eu au moins 3 générations de types d’écrans, et maintenant, ces trois sont en service, ce qui divise encore les efforts pour adapter la technologie. Tous les dix ans, il faut changer les écrans, chacun le changeant à son rythme, ceux de 2007 doivent le changer en 2017 mais pour le moment, ils font mauvaise figure. Il faut donc attendre plusieurs cycles.

Pour les automates, Werner estime qu’il y a eu de grandes avancées, ce sont maintenant des écrans tactiles, avec des boutons pour les billets les plus demandés facilement accessibles. Un défaut à noter cependant : ce n’est pas encore au point pour la prise en compte du contexte réel de l’utilisateur (encombrement avec la canne, le sac, le porte monnaie).

Werner a écrit un rapport qui explique que l’automate pour tous n’existe pas. Il est d’après ce rapport, appelé à disparaitre dans le futur.

Les prévisions pour le futur

  • BIBO : pour Be In Be out qui est système de billetterie sans contact qui s’affranchit à la fois du besoin de billets matérialisés et des portiques et autres barrières physiques d’accès. Ce système permet de détecter les trajets de l’utilisateur et édite une facture en fonction des trajets réalisés en fin de mois. Ce système devrait être mis en place l’année prochaine.
  • Pour l’information voyageur : l’avenir a commencé avec les applications pour smartphones développées pour les horaires, les informations voyageurs dynamiques, qui notamment sont vocalisés pour les non-voyants avec les lecteurs d’écran intégrés (par exemple Voiceover dans les iphones). Nous devrons alors observer si ces applications sont utilisables sur le terrain par tous les cercles d’usagers.

Il n’existe pas de solution miracles mais l’optimisme est là et les progrès vont rapidement se faire sentir.

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Accessibilité et handicap cognitif

Monique Brunel, experte Accessiweb en évaluation

Compte-rendu écrit par Matthieu Desjobert.

Dans son introduction Monique nous rappelle qu’il existe de nombreux types de handicaps cognitifs. Quel qu’ils soient, ils sont tous le résultat d’une déficience. Au quotidien ce sont autant de situations bloquantes et souvent insurmontables.

Pour le handicapé cognitif, les activités de nature intellectuelles sont plus difficiles que pour les autres. Sur le web notamment, cela impacte la mémorisation, la concentration, la lecture et le calcul.

Monique présente les déficiences des dyslexiques, population la plus nombreuse et la plus difficile à satisfaire : confusions visuelles, textuelles et auditives, difficultés à s’orienter dans l’espace, mauvaise latéralisation, difficulté à mémoriser à court terme, mouvement des mots ou scintillement des lettres. A cela se rajoute les autres facteurs, plus courant, liés à la langue, à l’âge, au matériel…

Recommandation d’accessibilité aux contenus

Monique rappelle les 4 principes fondamentaux des Web Content Accessibility Guidelines (WCAG 2.0) :

  • Des contenus perceptibles
  • Des contenus utilisables
  • Des contenus compréhensibles
  • Des contenus robustes

Elle souligne également l’importance des critères d’ergonomie car une page accessible peut avoir une mauvaise ergonomie (par exemple, un bouton éloigné du champ de saisie).

Exemples et solutions

Pour finir, Monique dresse une liste non exhaustive de solutions concrètes et de bonnes pratiques prenant en compte la simplicité d’usage, le guidage, le contrôle utilisateur et la lisibilité des contenus. Elle y oppose quelques mauvaises pratiques courantes, comme des tailles de texte trop petites, les textes justifiés impliquant des césures, les lettres capitales, les polices qui réagissent mal au grossissement…

En conclusion, l’intervention de Monique nous aura rappelés de façon très concrète en quoi il est important que les concepteurs d’interfaces et les producteurs de contenus respectent les critères d’accessibilité.

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ePUB3 et l’intégration scolaire par les manuels électroniques accessibles

Daniele Corciulo, spécialiste en accessibilité au sein de la fondation Accès pour tous et Elvio Fisler, coordinateur au sein de la cellule de Coordination pour l’Informatique Pédagogique Spécialisée (cellCIPS)

Compte-rendu écrit par Laetitia Giannettini.

La problématique principale soulevée dans cette intervention est comment rendre l’enseignement accessible à tous les élèves, notamment par la mise à disposition de manuels, livres et ouvrages numériques pour les élèves dits à besoins spécifiques.

Daniele nous a montré l’ensemble des fonctionnalités permettant de consulter un document numérique au format ePUB sur son iphone.

Daniele utilise pour cela :

  • Voicedream Reader, une application qui permet de lire des documents de différents formats (PDF, ePub, Daisy, Word),
  • et VoiceOver le lecteur d’écran intégré à l’iphone qui restitue (vocalise) l’information textuelle à voix haute

La démonstration a été très convaincante : la consultation des documents est très fluide, les outils proposés pour naviguer et se repérer dans sa lecture sont très simples d’utilisation, même si on peut déplorer que l’application soit payante (une dizaine de dollars environ).

Elvio rappelle que les études de faisabilité montrent qu’il est moins cher et plus facile de prévoir des formats de documents accessibles avant les mises en pages finales, que ce soient en format web, papier, PDF. Ainsi le modèle (ou template) compatible ePUB3 doit être proposé dés le départ.

Qu’est-ce que Epub3 ?

Elvio nous donne la définition proposée dans Wikipédia :

L’ePUB est un format ouvert standardisé pour les livres numériques et est conçu pour faciliter la mise en page du contenu, le texte affiché étant ajusté pour le type d’appareil de lecture. La dernière version EPUB3, repose sur l’HTML5, ce qui ouvre la voie à de nombreuses extensions :

  • prise en charge de l’affichage de toutes les langues, un espace spécifique pour les métadonnées
  • un développement de l’interactivité permettant l’ajout de contenus enrichis (graphismes, typographies, multimédias)…

ePUB3 est un format soutenu par la communauté internationale (notamment par le DAISY consortium).

Elvio nous précise que la Confédération Suisse au travers son bureau fédéral de l’égalité pour les personnes handicapées soutient financièrement un projet lié à l’utilisation de ce format : le projet ePUB3.ch (site en anglais et en allemand).

La présentation complète est disponible sur Dropbox : ePUB3 et l’intégration scolaire par les manuels électroniques accessibles

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Responsive web design, périphériques mobiles et accessibilité

Victor Brito : tantôt Gainsbourg tantôt Gainsbarre, Victor est (entre autres) intégrateur HTML/ CSS en freelance et expert Accessiweb en évaluation (France)

Compte-rendu écrit par Carine Rivière.

Victor nous a montré comment il est possible de mettre en évidence des problèmes d’accessibilité grâce aux spécificités du responsive web design et de la navigation sur périphériques mobiles (smartphones et tablettes, entre autres). En effet, des critères d’accessibilité négligés dans l’environnement ordinateur sont révélés sur périphériques mobiles.

Il a donné plusieurs exemples pour illustrer cela, en voici quelques un :

  • Le premier exemple concernait le critère d’accessibilité qui dit que l’information ne doit pas être véhiculée uniquement par la couleur. Il a montré que cela était d’autant plus vrai que certaines liseuses sont exclusivement en noir et blanc,
  • Concernant la possibilité pour l’utilisateur de contrôler les limites de temps, Victor a mentionné le fait qu’en situation de mobilité la connexion internet est souvent mauvaise et par conséquent toute tâche prend plus de temps. C’est pourquoi il faut permettre à l’utilisateur de contrôler chaque limite de temps et le laisser rafraichir lui-même sa page web,
  • Puis il a parlé d’un sujet qui fait débat en accessibilité : les captchas (images contenant des chiffres ou lettres difficiles à lire et qu’on demande à l’utilisateur de copier afin de prouver qu’il n’est pas un robot – totalement inutilisable par les utilisateurs non-voyants). La qualité des captchas est altérée en fonction de la densité de pixels du périphérique. Certains écrans mobiles ont une haute densité de pixels (iPhone 4, iPad 3 …) et vont afficher un captcha encore plus flou si la taille de l’image source n’est pas adaptée, le rendant totalement illisible. La solution est à privilégier d’autres alternatives (opération arithmétique simple, question… ou rien du tout).

Pour conclure :

  • Les périphériques mobiles peuvent mettre aussi dans des situations de handicap,
  • Les critères d’accessibilité sont toujours pertinents, quelques soient les supports de consultation,
  • Les périphériques mobiles et le responsive Web design apportent un éclairage renouvelé sur certains critères d’accessibilité,
  • Le responsive Web design c’est l’opportunité de servir les mêmes contenus et les mêmes fonctionnalités, indépendamment du périphérique, illustrant le besoin de l’universalité de l’accès au contenu web,
  • L’accessibilité du Web concerne des périphériques de plus en plus variés… et ce n’est pas fini (voir les Google glass) !

La présentation de Victor est disponible sur Speaker Deck : Responsive web design, périphériques mobiles et accessibilité

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Atelier ARIA et HTML

Armony Altinier et Jean-Pierre Villain, experts Accessiweb en évaluation, consultants et formateurs en accessibilité web, référents pour la mise à jour du référentiel Accessiweb en France

Conpte-rendu écrit par Laetitia Giannettini

HTML5 et Javascript, au cœur de l’évolution des technologies du web posent de nombreux défis en termes d’accessibilité. Qu’il s’agisse de l’utilisation ou la manipulation d’une bibliothèque de composants riches, la conception et l’élaboration d’une application web ou la simple adaptation d’une application existante, la compréhension et la maîtrise d’ARIA sont devenus des compétences indispensables au développeur web.
Sur la base d’exemples concrets et de manipulation en direct, cette conférence s’est proposée d’illustrer les principes et les mécanismes permettant de rendre des composants et des applications parfaitement accessibles via l’utilisation combinée de Javascript et ARIA.

Une attention particulière a été donnée à des composants d’utilisation quotidienne comme les fenêtres modales, les systèmes d’onglets ou les live-region par exemple. Chaque démonstration a été accompagnée d’exemples et de tests via des lecteurs d’écran notamment, permettant de mieux comprendre l’ensemble des éléments mis en jeu.

En effet, les fenêtres modales, info bulles, zones qui s’affichent et se masquent, systèmes d’onglets dynamiques (tabpanel), carrousel…
A la souris ça va… mais au clavier ou au lecteur d’écran, bonjour les dégâts.

Armony et Jean-Pierre nous ont donné en préambule la recette suivante :

  1. Prenez un développeur normalement constitué
  2. Ajouter une bonne dose d’ARIA
  3. Soupoudrez de Javascript de bonne facture
  4. Mélanger…
  5. Tester…

et le tour est joué… !

Mais qu’est-ce que ARIA ?

ARIA est l’acronyme de Accessible Rich Application. C’est une spécification technique du World Wide Web Consortium (W3C). L’objectif est de rendre accessible des contenus et des comportements d’interfaces dynamiques aux personnes en situation de handicap.

L’intérêt est d’ajouter de la sémantique et des métadonnées aux contenus HTML afin d’atteindre cet objectif.

ARIA fournit des informations sur le rôle, les états et les propriétés des composants d’interfaces de manière à ce qu’ils soient compréhensibles et utilisables au clavier et avec les différentes aides techniques des utilisateurs.
Par exemple l’attribut « role » définit le type général d’un objet comme par exemple role=slider (bouton glissant) ou role=tabpanel (onglets), role=tooltip (infobulle), role=progressbar (barre de progression)…

Les rôles incluent également des :

  • landmarks qui permettent de fournir des repères pour mieux s’orienter dans les pages web comme par exemple role=banner qui permet d’identifier la zone de header (en-tête) d’un site web avec le logo ou identité du site, role=main qui identifie la zone de contenu principale du document, role=navigation qui identifie la zone avec les liens de navigation,
  • structures de document qui organisent le contenu dans une page, comme par exemple role=article qui permet d’identifier la section d’une page dont le contenu forme une partie indépendante, ayant du sens par lui-même.

Pour la démonstration, Jean-Pierre et Armony avaient entre autres codé et implémenté dans un site web un compteur de temps (ou minuteur) respectant les critères d’accessibilité. Grâce à un lecteur d’écran, toute l’assistance a pu entendre la synthèse vocale qui restituait régulièrement à voix haute le temps qu’ils leur restaient avant la fin de leur présentation. Un bon moyen pour les orateurs de respecter le temps imparti !

Ce compteur a été fait en CSS et un élément button en html. Dans cette balise html a été rajoutée la propriété ARIA live : quand le contenu change (les minutes du compteur qui se mettent à jour), cela indique au lecteur d’écran qu’il faut revocaliser la zone qui s’est mise à jour.

Vous pouvez retrouver le support de l’atelier ARIA et HTML avec la description des différents design pattern ARIA (fenêtres modales, info bulle, zones masquées, systèmes d’onglets, carrousel) sur le site de qelios : support de l’atelier ARIA et HTML

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Sécuriser l’accès à l’information, un pré-requis à toute démarche qualité web

Armony Altinier, ACS Horizons

Compte-rendu écrit par Laetitia Giannettini, suivi d’une partie discussion.

Dans cette intervention, Armony pose la question de la relation entre accessibilité web et démarche qualité web, en quoi ces relations peuvent être des relations dangereuses car pouvant nuire à la mise en place de l’accessibilité effective du contenu des sites web pour les personnes en situation de handicap.

Lors d’un projet de conception de site ou application web, plusieurs aspects liés à la qualité doivent être pris en compte comme l’ergonomie, le référencement, l’accessibilité du contenu web… Par quoi commence-t-on ? Où met-on le curseur entre ergonomie, performance, compatibilité, design, contenu, SEO (Search Engine Optimization), accessibilité et prouesses techniques ?

Se pose d’emblée la problématique de l’expertise dans ces différents domaines. Les différentes compétences seront-elles représentées dans le projet ? Les intervenants et partis prenantes ne sont pas forcément experts dans tous les domaines à couvrir ; souvent l’accessibilité n’est pas prise en compte en amont mais saupoudrée en cours de projet et souvent vu (à tort) comme une composante se limitant à l’étape de développement technique du site web.

La prise en compte des critères d’accessibilité sur un projet est parfois vue comme étant de la sur qualité !

Le risque est que les fondamentaux qui assurent l’accès au contenu web par les personnes en situation de handicap ne soient pas tous pris en compte. Armony revient aux définitions pour comprendre les relations entre accessibilité et qualité.

Qu’est-ce que la qualité ?

Armony fait le choix de nous présenter cette notion au travers de la norme internationale ISO 9001 Système de management de la qualité – Exigences.

Fournir un service de qualité, c’est fournir régulièrement un produit/service conforme :

  1. aux exigences du client (exigences explicites),
  2. aux exigences légales et réglementaires applicables (exigences implicites, sous la responsabilité du professionnel).

Ceci vise l’accroissement de la satisfaction client et renvoie aux notions d’obligation de moyens pour l’amélioration continue du système et obligation de résultats pour l’assurance de la conformité aux exigences.

Le client selon cette norme est à comprendre au sens large : organisme ou personne qui reçoit un produit ou service.

Ainsi satisfaire le client final du produit/service n’est qu’un aspect, il faut également que l’entreprise s’y retrouve en terme de ROI (retour sur investissement) sans quoi elle ne sera plus capable de satisfaire le client final.

Cette norme décrit un système de gestion de la qualité mais ne constitue pas un référentiel qualité en tant que tel : elle s’adapte aux différents contextes des différents domaines métiers. Selon ce contexte, les exigences des clients peuvent changer et il existe autant de référentiels qualité que de domaines professionnels.

L’accessibilité dans tout ça ?

L’accessibilité c’est permettre aux personnes en situation de handicap d’accéder, sur la base de l’égalité avec les autres, à tous les droits humains et à toutes les libertés fondamentales dans les domaines politique, économique, social, culturel, civil ou autres.

Et dans le web ? L’accessibilité web selon la définition du W3C (World Wide Web Consortium), c’est le fait que les personnes en situation de handicap peuvent utiliser le web, et y contribuer L’accessibilité du Web bénéficie également à d’autres, notamment les personnes âgées ayant des capacités diminuées dues au vieillissement.

A ne pas confondre avec la notion de web universel qui donne une définition plus large et regroupe d’autres thèmes (les différences culturelles, les différentes langues maternelles, l’infrastructure réseau ou matériel…).

Selon la convention des Nations-Unies adoptée en 2006, la non accessibilité est une discrimination fondée sur le handicap y compris le refus d’aménagement raisonnable.

L’accessibilité est par nature différente de la qualité :

  • l’objectif de l’accessibilité est de sécuriser l’accès à l’information, à savoir faire en sorte que les personnes en situation de handicap puissent accéder au contenu.

Cet objectif est non contextuel, dans le sens où on doit permettre l’accès à l’information quel que soit le contexte d’utilisation.

  • l’accessibilité est un droit humain. Ainsi la notion de retour sur investissement de la qualité peut s’avérer dangereuse car peut amener à prendre des décisions qui excluent des gens.
  • l’accessibilité est une exigence légale et réglementaire.

En théorie, l’accessibilité est une exigence implicite de toute démarche qualité. Les exigences explicites c’est ce que le client demande (par exemple, un design attractif, SEO, contenus intéressants, ergonomie, performance).

Les exigences implicites : c’est ce que le professionnel doit respecter sans que le client n’ait à le demander. Le respect des règles d’accessibilité du contenu web au travers du référentiel WCAG (Web Content Accessibility Guidelines) en tant qu’exigence légale et réglementaire en fait partie.

Le professionnel a une obligation de conseil. D’où l’importance d’être formé car il y a une responsabilité du consultant en termes de conseils. Les formations à l’accessibilité sont adaptées aux différents profils d’intervenants. Exemple : formation adaptée aux graphistes pour fournir des maquettes graphiques suffisamment contrastés.

Tout référentiel qualité voulant sérieusement prendre l’accessibilité en compte ne devrait proposer qu’un seul critère sur le sujet : le site respecte-il les règles d’accessibilité ?

L’argument des bénéfices induits est-il un aveu d’impuissance ?

Le fait de présenter les bénéfices induits par la prise en compte de l’accessibilité sur les autres aspects du projet (ergonomie, référencement, maintenance…) pour vendre l’accessibilité peut avoir pour conséquence qu’on ne retienne plus que les bénéfices induits. On cache l’handicap.

D’autant que les bénéfices induits qu’on présente le plus souvent ne sont pas vrais.

En effet, on peut être au top de l’ergonomie mais pas accessible. Par ailleurs, les arguments sur le référencement sont fallacieux. On peut être bien référencé et non accessible.

Le contraire est également vrai : un site peut être accessible mais complètement inintéressant. De plus les objectifs du point de vue accessibilité, ergonomie et SEO peuvent être contradictoires.

Accessibilité et ergonomie : un malentendu persistant

L’implémentation des critères d’accessibilité fait abstraction de l’utilisateur pour couvrir tous les cas d’usage. Les critères d’accessibilité font preuve de robustesse pour une compatibilité avec les technologies actuelles et futures.

En ergonomie, avec l’adoption de la démarche de conception centrée utilisateur (UCD ou User Centred Design), il y a prise en compte des caractéristiques et des besoins des utilisateurs identifiés comme étant les cibles du produit ou service.

Il y a donc conception du site en fonction du contexte des utilisateurs, dont certains (20%) sont sans doute en situation de handicap. Cette approche rend très difficile la prise en compte effective de tous les cas d’usage (très grande variété de fonctionnalités et caractéristiques des groupes utilisateurs en situation d’handicap).

La priorité numéro 1 de l’accessibilité est de sécuriser l’accès à l’information dans tous les cas d’usage, avec les différents réglages de l’équipement de l’utilisateur dont sa technologie d’assistance. Cette priorité, c’est le rôle des WCAG.

Ainsi, l’objectif de ce référentiel est de permettre l’accès à l’information quelque soit l’agent utilisateur utilisé pour accéder au web, faire en sorte que cela marche sur les technologies actuelles et futures.

Doit-on commencer par l’utilisabilité ? Non : accessibilité d’abord ! Car accéder à l’information à égalité pour les personnes en situation de handicap est une question de droit humain.

Que doit on rendre accessible ?

Quel intérêt d’accéder à un contenu inutile ou inutilisable ? Pour Armony, ce n’est pas la question.

Les critères de qualité sont par nature contextuels et évolutifs. L’accessibilité n’a pas à juger car sa seule fonction (objective) est de sécuriser l’accès à l’information, quel que soit le contexte.

Faut-il rendre tout accessible ?

L’accessibilité concerne un aménagement raisonnable. Dans la méthode d’évaluation de WCAG il y a la notion de point bloquant, pour identifier ce qu’est le service essentiel, la vocation du site, la fonctionnalité principale du site. Il faut prioriser en fonction de l’accès à l’information.

Toutefois, le respect des WCAG ne garantit pas toujours l’accès à l’information. Armony fait référence à un projet présenté par Sébastien Delorme qui donne un retour d’expérience d’un site conforme WCAG mais qui s’avérait ne pas être accessible sous iphone. Source de la présentation : http://weba.im/6xw.

On ne sécurise pas encore complètement l’accès à l’information avec certaines technologies émergentes (HTML5, mobile…). La force des standards comme WCAG, c’est la robustesse, adaptable aux technologies d’aujourd’hui et futures. Mais que faire quand les standards ne fonctionnent pas ?

Solution : respecter les standards et patcher quand c’est possible et faire des versions alternatives si pas d’autres choix.

Faire accessible ce n’est pas forcément faire la même chose pour tout le monde.

Conclusion

Travaillons ensemble ! L’accessibilité ergonomique est un pan à explorer.

Les bénéfices induits ne forment pas un argumentaire efficace et nuit à la clarté du message. Meilleur message : pourquoi rendre accessible et parler des utilisateurs.

Nous sommes responsables de ce que nous créons : le rôle de conseil et d’alerte incombe au professionnel. Ainsi chaque professionnel doit prendre en compte l’accessibilité à son niveau.

Finalement, rien ne se met concrètement en place sans engagement de la direction (thème du chapitre 5 de la norme ISO 9001).

Discussion rédigée par Laetitia Giannettini (25 Juillet 2014)

Définition(s) de l’accessibilité du web : une absence de consensus

La discussion proposée ci-après ne porte pas sur la question doit-on prendre en compte l’accessibilité dans un projet web et pourquoi (bénéfices induits, éthique, retour sur investissement…) mais sur la question comment prendre en compte l’accessibilité dans un projet web.

Dans le cadre de comment mettre en œuvre une accessibilité effective dans un projet, les discussions sur ce qu’est l’accessibilité et ses différences et complémentarités avec d’autres domaines sont à mon sens très importants. Appréhender et comprendre la notion d’accessibilité reste complexe tant finalement il n’y a pas encore aujourd’hui de consensus sur sa définition, donc sur ses objectifs et par là ses méthodes de mise en œuvre dans les projets web.

Ainsi suivant sa formation, son métier, son domaine, son modèle économique, ses valeurs et philosophie, chacun peut avoir une acceptation plus ou moins large, plus ou moins stricte de ce qu’est l’accessibilité. Avec les définitions de l’accessibilité dans lesquelles il n’y a pas de référence directe aux personnes handicapées, on peut en perdre de vue les besoins spécifiques des personnes en situation de handicap. Car il s’agit bien de cela : la société qui par ses choix et orientations crée des environnements incapacitants pour certaines catégories de ses citoyens. Le vocabulaire et les définitions retenus sont importants car ils reflètent les orientations choisies et par là les moyens consentis.

Ainsi au-delà de certains éléments de la présentation d’Armony qui pourront faire réagir les professionnels des autres domaines (ergonomie, utilisabilité et expérience utilisateur, qualité, référencement…), il faut saluer la démarche visant à proposer un cadre clair pour définir la première priorité de l’accessibilité web : mettre à disposition la même information et des fonctionnalités similaires aux utilisateurs en situation d’handicap.

Proposer une définition de l’accessibilité web qui se centre en premier lieu sur l’assurance de l’accès au contenu pour les personnes en situation de handicap (avec cette notion de sécuriser l’accès à l’information), c’est permettre de mieux comprendre :

  • les objectifs de l’accessibilité (notamment pour les novices),
  • ses liens avec les autres domaines,
  • et ainsi de faciliter les discussions et échanges sur les méthodes de conception à mettre en place pour atteindre ces objectifs.

Cette définition clarifie les domaines d’expertise et la manière dont les différentes compétences ont à travailler ensemble. Je suis d’accord avec la conclusion d’Armony : la clé (dans le monde idéal où la direction a pris la décision d’inclure l’accessibilité dans sa stratégie de présence web), est organisationnelle et dans la complémentarité d’équipes pluridisciplinaires.

UPA, puis UXPA puis AUXPA ?

Armony a souligné que l’accessibilité ergonomique est un pan à explorer : quelques mois après notre conférence a eu lieu la conférence de UXPA (User Experience Professionals Association) à Londres. Il n’y a pas si longtemps que ça UXPA s’appelait UPA : Usability Professionals’ Association.

Comme pour faire écho à la présentation d’Armony, au cours de UXPA 2014, la société de conseil The Paciello Group a lancé un manifeste pour introduire la notion de Accessible User Experience (AUX). Les notes liées à ce manifeste ne sont pas encore publiées, dés que c’est le cas, je fournirai le lien.

Je me suis de nouveau replongée dans la littérature scientifique ayant trait à l’ergonomie des systèmes interactifs : les recherches et discussions en cours sur les différentes méthodes de conception de produits et services accessibles sont actives et soulignent le travail encore nécessaires pour produire une compréhension et un cadre conceptuel communs autour de l’accessibilité et le champ qui gravite autour la notion d’expérience utilisateur (ergonomie, utilisabilité mais aussi emotional et persuasive design).

Une méthode a attiré mon attention car elle est une extension de la méthode UCD (User-Centered Design ou conception centrée utilisateur, approche que je connais bien pour la pratiquer depuis longtemps en agence de conseil) : c’est la conception inclusive sensible à l’utilisateur (User-Sensitive Inclusive Design) qui offre a priori un cadre conceptuel méthodologique plus explicite et réaliste pour la prise en compte des besoins des personnes en situation de handicap au sein d’une approche UCD.

J’espère pouvoir en faire l’objet d’un autre billet car cela fait écho à des méthodes de conception, décrites dans le monde de la recherche depuis plus de 10 ans maintenant, qui sont en ce moment même réactualisées et repensées pour être opérationnelles et applicables dans le monde de l’industrie (je pense notamment à Derek Featherstone avec son approche Accessibility as a design tool).

Ainsi pour reprendre une métaphore d’Armony lors de la conférence romande, pour les UXers (professionnels de l’expérience utilisateur) prendre en compte l’accessibilité ne serait-il pas de passer de l’utilisateur au centre (User Centered) à l’utilisateur au cœur (User Sensitive) ?

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Démonstration d’accessibilité avec différents navigateurs

Julien Conti, Etat de Genève et Alain Seydoux du Service Romand d’Informatique pour Handicapés de la Vue (SRIHV)

Compte-rendu à venir.

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